La théorie du Détour
Une théorie de la relativité en psychologie

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La théorie du détour
Par Michel Cariou

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L'activité

PLAN

Plan de la présentation

PLAN
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  1. Introduction
  2. Les premiers mois de la vie
    1. Le développement de la phase centripète correspondant au développement génétique (construction de l'organisme)
    2. De la naissance à l'accès humain (exercice des fonctions vitales et débuts des interactions avec l'adulte)
  3. Premier détour : Structuration de l'émotion et, par là même, de l'interaction à l'humain
    1. Coordination des réactions émotionnelles (mise en place d'une sécurité de base fondée sur la participation émotionnelle)
    2. Mise en forme de l'énergie vitale à travers l'action propre (activité de relation de Wallon) et socialisante
  4. Deuxième détour : La différenciation du Moi et de l'Autre (de la fin de la 2ème année ou début de la 3ème, à la puberté)
    1. Apparition de la conscience réflexive, distinction entre l'émotion de l'autre et la sienne et donc positionnement du sujet à partir de lui même.
    2. La conscience réflexive
    3. L'affinement des autres et donc du Moi par l'expérience de situations sociales variées
  5. Troisième détour : l'accès à l'âge adolte à travers la différenciation classentité/Altérité de Genre
    1. Evolution du corps, découverte de l'émotion sexuelle et accès à l'classéologie globale (position égocentrée ou centrepète)
    2. L'adolescence et la mise en place des classentificateurs
    3. Différenciation classentité/Altérité de Genre et élaboration d'une position de sujet (dans des projest réalistes)
  6. Le 4ème détour : l'accès à la mentalisation
  7. Références de cette présentation

L'activité intégrée

« Tout l'édifice de la vie mentale se construit, à ses différents niveaux, par l'adaptation de notre activité à l'objet, et ce qui dirige l'adaptation, ce sont les effets de l'activité sur l'activité elle-même » Wallon, 2002 [1941], p.69).

Cette citation de Wallon, concernant le développement psychique de l'enfant, peut s'inscrire de manière beaucoup plus large dans l'ensemble du processus du vivant ; d'un niveau élémentaire de la vie (bactérie) à l'ensemble du cycle de vie de l'homme.

Dans tous les cas, l'organisme vivant produit de l'énergie (l'énergie vitale) et celle-ci génère et alimente une activité qui va être, en quelque sorte, son agent de liaison avec le milieu. C'est donc grâce à elle que l'accord organisme/milieu pourra s'entretenir et se construire. C'est pour cela que nous l'appelons activité intégrée, car elle correspond très exactement au degré d'élaboration et d'intégration de l'organisme, et par conséquent, à la définition du milieu. Dans le cas de l'homme, c'est le niveau et la qualité de l'élaboration du psychologique qui déterminera la nature de l'activité intégrée, et du milieu par rapport auquel elle est adaptive. Cela concerne aussi bien les différentes étapes de développement pendant la croissance, que le fonctionnement de l'adulte tout au long du cycle de vie.

Mais cet accord suppose un double mouvement de l'activité. Elle doit pouvoir s'exercer directement sur le milieu pour y prendre ce dont l'organisme a besoin, et, éventuellement écarter le danger (orientation centrifuge). Elle doit aussi pouvoir s'exercer sur l'organisme lui-même pour le transformer dans le sens d'accroitre son accord adaptatif (orientation centripète). C'est la loi d'alternance fonctionnelle de Wallon.

C'est ainsi que l'on peut observer ce double mouvement de l'activité dans le végétal, l'animal et l'humain. L'arbre qui pousse ses racines dans la direction de l'eau, le petit faon qui apprend à marcher ou l'homme qui élabore son psychisme, utilisent leur activité pour modifier leur propre structure, en fonction de leur patrimoine génétique certes, mais obligatoirement dans une interaction avec leur milieu.

Et, si cela est possible, c'est parce qu'il existe une loi générale gérant l'activité du vivant. La loi de différenciation/ restructuration. Suivant les situations concernés, cette loi s'applique à des niveaux élémentaires ou supérieurs (capteur d'eau/ croissance orientée des fibres pour l'arbre ; sensoriel et moteur pour le faon ou le bébé ; pensée et action mentale pour l'adulte). Mais, à quelque niveau que ce soit, il n'y a pas d'évolution adaptative de l'activité sans ce processus général qui commence par distinguer les éléments pertinents de l'activité (en rapport à l'objectif vital), pour ensuite les réorganiser en un nouvel état, ou une nouvelle compétence, plus performent par rapport au milieu (Intellectuellement, analyse/synthèse).

Cette problématique générale de l'activité étant posée pour l'ensemble du vivant, il devient possible de l'approfondir dans le cadre de la démarche adaptative de l'humain. Pour l'homme, la nature de l'activité va changer suivant les étapes du développement, ainsi que de la qualité de l'élaboration de la structure psychique.

Dans le développement de l'enfant, l'activité prendra deux orientations principales : la mise en forme du corps/ la mise en forme du geste. Dépendant à cent pour cent de son entourage humain l'enfant doit d'abord développer des compétences de communication de son vécu et de perception du vécu des autres. Ce sera le rôle de l'émotion, qui, à partir des réactions viscérales et toniques du bébé, permettra de mettre en forme cette activité-lien assurant sa sécurité de base. D'origine viscérale, mais différenciée par l'interaction avec l'entourage, l'expression émotionnelle est la première mise en forme psycho-relationnelle de l'énergie vitale.

Toutefois rapidement, l'activité de l'enfant doit se tourner vers une autre modalité lui permettant son autonomie future, l'action propre (l'activité de relation de Wallon). L'énergie vitale étant toujours la même, il va de soi que sa mise en forme dans les termes de l'action ne peut se faire que si elle ne l'est pas déjà dans les termes de l'émotion. Cependant, il appartiendra à l'action propre de donner une forme socialisée à un vécu qui relèvera de l'émotion. Celle-ci, sur un mode en quelque sorte civilisé, pourra ainsi devenir l'énergétique initiant l'action propre, qui sera d'autant plus efficace qu'elle lancera la mise en œuvre d'automatisme. Toutefois l'antagonisme entre l'émotion et l'action propre (première et seconde mise en forme de l'énergie vitale), demeure une donnée logique, qui durera toute la vie. Wallon, bien que s'intéressant à l'enfant, l'avait bien pressenti en écrivant : « Ainsi l'émotion est-elle ce qui soude l'individu à la vie sociale par ce qu'il peut y avoir de plus fondamental dans son existence biologique, et ce lien ne sera pas rompu, bien que les réactions organiques de l'émotion, à mesure que l'image des situations ou des choses s'intellectualise, tendent à s'effacer. ». Toute la vie il y aura donc un rapport dialectique entre émotion et action.

L'activité adaptative de l'adulte s'organise, intégrant la temporalité et le social, dans l'ordre du projet (ou désir dans la modalité affective). C'est la visée programmée d'objectifs inscrits dans le milieu social qui permet, par la réussite, à la structure psychologique de se les approprier et de construire l'être. C'est la modalité directement adaptative de l'activité intégrée.

Celle-ci peut aussi s'exprimer sur une modalité indirectement adaptative : le loisir.

L'activité ludique

Le loisir fonctionne, ainsi que Wallon l'explique pour le jeu de l'adulte, comme une activité gratuite, susceptible de mettre en avant des formes antérieures d'activité qui, depuis, ont été subordonnées à des formes plus récentes d'accord organisme/milieu. Ainsi, jouer aux boules fait s'exprimer pour elle-même, la fonction sensori-motrice. Et c'est cela qui procure la détente et le plaisir. Mais cela est vrai aussi de fonctions plus élevées. Si jouer au bridge ou aux échecs, fait appel à des compétences cognitives qui ne se trouvent que chez l'adulte, cela reste un jeu, au sens de Wallon, car l'activation de ces compétences se fait gratuitement et n'a pas de finalité adaptative. Le plaisir, la contrariété, voire la colère (c'est-à-dire toute une palette d'émotions), peuvent être au rendez-vous et compte tenu de l'absence d'enjeu adaptatif, permettre une libération de la tension psychique.

Mais, finalement, cette forme d'activité, pour être gratuite, n'en demeure pas moins indirectement adaptative. D'une part, le bénéfice psychique et physiologique qu'elle apporte contribue à entretenir l'équilibre général de l'organisme et donc à faciliter la mobilisation énergétique dans le cadre de l'effort adaptatif. En effet, l'activité adaptative demande un effort important qui se maintient d'autant mieux dans la durée qu'il y a des ruptures, structurées en termes de loisirs. C'est d'ailleurs là tout leur sens car, jouer aux cartes, ou autre chose, n'a de valeur régénératrice que dans la mesure où cette activité est alternative à celle guidée par l'effort adaptatif.

D'autre part, toutes ces activités dans lesquelles peut s'exprimer l'émotion, s'inscrivent dans un contexte de sociabilité. Elles sont à l'origine de nombreuses interactions relationnelles, de vécus partagés, de complicités ou de rivalités. Elles contribuent donc largement à l'adaptation à l'Autre et donc à la reconnaissance du Moi.

L'activité passe-temps

Enfin, il existe une forme de l'activité intégrée qui ne participe aucunement de l'adaptation. Cette forme, je l'appellerais activité passe-temps (empruntant le terme à Berne, et le modifiant légèrement (Berne, 1966 [1964]).

Car, surtout à partir de l'adolescence et à l'âge adulte, il est nécessaire de distinguer l'activité intégrée et l'activité adaptative. Cela tient au fait que l'activité de l'adulte est organisée par rapport à des objectifs sociaux mentalisés et hiérarchisés, à un niveau très abstrait. Il leur revient d'intégrer la temporalité afin de finaliser les projets qui en découlent. Mais, la puissance de la pensée formelle, rend possible la définition d'un univers adaptatif virtuel qui peut se substituer, dans le champ de la conscience réflexive, au milieu réel lié au monde et aux autres concrets.

L'activité intégrée est le lien entre l'organisme et le milieu et dépend donc du niveau d'élaboration de la structure (et du milieu relatif qu'elle est capable d'appréhender).

Si celle-ci s'est correctement élaborée au cours du développement, elle sera bien adaptée à un milieu relatif conforme aux intérêts adaptatifs réels de l'organisme. Il y aura alors, adéquation entre l'activité adaptative et l'activité intégrée. L'individu visera, dans le temps, des objectifs ayant une valeur sociale et, cheminera avec les autres, jusqu'à la réussite. Il pourra, alors, les intérioriser. Cette transformation se réalise par l'intériorisation successive des objectifs intermédiaires et leur confirmation par la réussite finale

En revanche, si l'activité émane d'une structure psychologique immature (adolescence) ou carencée, tout en demeurant de l'activité intégrée (puisqu'elle correspondant au niveau intégratif de la structure), elle peut n'être que très partiellement adaptative (voire inadaptée), sa finalité étant moins dans l'évolution que dans la protection de l'intégration structurelle à laquelle l'individu est parvenu.

L'immaturité se traduit surtout par l'incapacité à viser des objectifs sociaux réalistes (rapport entre la réalité de la personne et la réalité de l'objectif) et, donc, par l'impossibilité canaliser l'énergie vitale dans d'authentiques projets. Celle-ci peut alors être inhibée (asthénie), somatisée ou s'extérioriser par des formes primitives d'émotions (délinquance, violence, sexe,…)

Les carences élaboratives renvoient à des intériorisations soit contradictoires avec l'intégration actuelle de la structure (conflits intra-psychiques), soit insuffisantes pour assurer la sécurité de base de l'individu. Le risque de décalage adaptatif est alors toujours présent et la lutte contre l'angoisse toujours nécessaire. La confusion permanente, entre le Moi et la conscience réflexive que nous en avons permet, à nos fonctions cognitives d'échafauder, toujours, des explications qui permettent d'éviter de mettre en cause notre fonctionnement structurel.

L'activité passe-temps est caractérisée par le fait qu'elle utilise l'antagonisme action/émotion, pour contrer des émergences émotionnelles négatives mais, comme son nom l'indique, qu'elle ne s'inscrit pas dans la temporalité. Elle peut ressembler à un projet mais, en réalité, il n'y a pas d'objectif adaptatif réel, et elle est donc constamment à renouveler, enfermée dans une temporalité circulaire.

Concrètement, cette activité peut porter sur n'importe quoi, du plus complexe au plus élémentaire, pour peu que grâce aux vertus de l'action propre, elle abolisse l'inscription temporelle de l'être et ainsi évite la confrontation à l'angoisse de mort (signal d'alarme). C'est en, quelque sorte, un trompe l'œil qui, sous couvert de faire quelque chose, permet en réalité à la personne de ne rien faire dans l'ordre de l'adaptation au milieu. Dans tous les cas, l'activité passe-temps prend une allure compulsive qui montre bien son origine interne et son caractère aliénant pour le sujet.

Le travail est un support classique du passe-temps et l'investissement excessif, l'incapacité à vivre des loisirs ou des relations affectives, trouvera des rationalisations faciles dans le caractère sérieux et fatiguant de l'activité. Mais cela est un leurre car, dans ce cas, les bénéfices sociaux réels sont souvent médiocres et les bénéfices personnels (en terme d'intériorisation positive) inexistants. Il faut toujours placer la barre plus haut et recommencer.

Les loisirs sont aussi un support commode, car ils permettent de rattacher l'activité passe-temps à un supposé désir du sujet. C'est particulièrement le cas des activités sportives qui peuvent, tout à la fois, se dire en termes de choix personnel du sujet (par gout) et en termes d'hygiène de vie (socialement valorisées). De plus, l'aspect nécessairement répétitif de ce type d'activité permet de masquer la dimension compulsive. Pour autant, la personne n'obtiendra pas la régénération que procure le loisir. Tout au plus parviendra-t-elle, et encore pas toujours (car on peut toujours faire mieux), à apaiser son hyper tonus et, donc, son angoisse.

En fait, toute activité de loisir peut fonctionner comme un passe-temps : activités artistiques (musicales, littéraires, plastiques…), festives, ludiques virtuelles (actuellement particulièrement développée sur internet). Dans tous les cas, au-delà des prétextes conscients qu'elle se donne, elle n'apporte rien dans la gestion du lien organisme/ milieu.

A un niveau plus élémentaire, l'activité passe-temps peut prendre la forme d'un souci excessif de rangement (bureau, maison) ou d'entretien des plantes, du jardin. Mais ce peut être, encore plus simplement, le geste compulsif du fumeur, le besoin de compter dans sa tête, ou la déambulation du malade.

Dans tous les cas, les vertus de l'action propre pour contenir l'émergence émotionnelle (angoisse) sont le véritable motif de l'activité.

Bibliographie

Berne, E. (1966 [1964]). Des Jeux et des hommes, psychologie des relations humaines. (L. Dilé, Trad.) Paris: Stock.

Wallon, H. (2002 [1941]). L'évolution psychologique de l'enfant. Paris: Armand Colin.

Michel Cariou - Novembre 2008

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